Ki et kokyu, les mots magiques

Réflexions sur la pratique

Ki et kokyu... Deux mots magiques, évocateurs de pouvoirs mystérieux, qu'une poignée de guerriers ont acquis au prix d'une ascèse intransigeante, auprès de moines cachés dans des monastères inaccessibles, maîtres des pouvoirs de l'esprit...

Autant cela peut donner un bon film, autant cela peut gâcher la pratique. Dissipons donc quelques malentendus : la seule magie qui peut être attachée à "ki" et "kokyu" est celle inhérente à toute existence. Tempérons tout de même notre déception : ce n'est justement pas rien, mais nous y reviendrons.

"Kokyu" signifie littéralement "respiration". Son interruption temporaire s'appelle "apnée" et si elle se prolonge indéfiniment, "arrêt des fonctions vitales" ; nous ne saurions donc trop recommander de ne pas attendre l'enseignement de moines mystérieux pour pratiquer le kokyu en permanence, au point que cela se fasse tout seul sans plus avoir à y prêter attention. Ceci étant, au delà du sens littéral, on retrouve toutes les acceptions du terme "respiration", comme on dit d'un mouvement qu'il respire, et en général comme on peut le dire de toute forme d'expression. Parler de "kokyu", c'est évoquer l'aisance, le naturel, le tour de main, la fluidité, etc. d'une manière générale l'absence de blocage et de crispation. Le kokyu n'est donc pas un ingrédient qu'on ajoute, c'est plutôt faire disparaître les obstacles intérieurs qui gênent la coordination et l'équilibre dans le mouvement. Ces freins sont de deux ordres : physiques et mentaux. Le corps et l'esprit doivent redevenir un, afin que face à l'attaque, le mental ne bloque pas les mouvements du corps en restant figé sur la phrase fatale "ciel, que m'arrive-t-il ?", ni que le corps, bloqué par manque d'entraînement, ne se transforme en boulet quand il reçoit l'ordre de bouger. Le travail se fait donc sur ces deux axes : disponibilité mentale, disponibilité physique, plus la coordination des deux.

"Ki" est plus abstrait, et n'a guère de définition propre. On peut toutefois le cerner à travers diverses expressions qui lui donnent corps, comme par exemple "ki o tsuke" : faites attention (on pourrait traduire par "mettez le ki en alerte"), ou "kimochi" : matérialisation d'une intention, sensation (en quelque sorte "ce par quoi on saisit le ki"). Disons que c'est l'énergie des sens, qui permet de créer et animer les formes que nous percevons par nos sens internes (pensée, imagination, rêves...) et externes. Ou encore, le ki est l'énergie de la connexion entre le perçu, la perception et le percevant (il n'y a pas de taxe sur le ki comme sur les autres énergies, sinon il faudrait ajouter le percepteur). Le kokyu pris dans son sens figuré traduit donc en fait les mouvements du ki.

Tout ce sur quoi nous portons notre attention, volontairement ou non, concentre le ki sur lui. L'esprit et le corps se tendent alors dans cette direction. S'il y en a plusieurs à la fois, nous sommes divisés et faciles à déséquilibrer. Si nous pouvons suivre librement notre ki sans le freiner, le diviser, en briser ou interrompre le cours, nous restons en équilibre. Et si notre ki, donc notre intention, épouse celui de l'attaque, il n'y a plus opposition, mais un seul mouvement unifié, que le moins divisé des deux dirige.

La vraie magie, finalement, c'est de faire tenir tout ça en deux mots qui "parlent" aux pratiquants.

Donc pas de mots magiques en Aikidô ? Mais si, au fait ! Les mêmes que dans tous les domaines, ceux qui ouvrent toutes les portes : "s'il vous plaît" et "merci".

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